Dark Mag - jan 06 - by Guudraath
original review :
http://darkmag.net/chroniques/435/nirnaeth-thrown-athwart-the-darkness
Thrown Athwart the Darkness (TAD), premier album des Lillois de Nirnaeth après leur démo Nothing but Ashes, est le fruit de 5 composantes réunies par quatre metalleux dont la moyenne d'âge est de 25 ans :
- l'inspiration, primordiale si l'on veut marquer les esprits,
- l'entente, fraternelle si l’on veut que le travail suive,
- les répétitions, régulières, afin de souder le tout et d'améliorer sa technique,
- les concerts, en nombre : ça permet de se mesurer, de distinguer ce qui fonctionne dans le public... et de savoir si ça convient aux musiciens (et je peux assurer que Nirnaeth est fait pour la scène !),
- le perfectionnisme : cette volonté d'aller au bout de soi et de franchir le fossé séparant le stade amateur des débuts (des groupes y restent toute leur "carrière") du stade professionnel.
En somme, Nirnaeth a fait un pas énorme dans sa progression : celui des groupes conquérants et désireux de surpasser les autres... Ainsi, TAD a été enregistré, mixé et masterisé au Midnight Studio, lieu où sont passés, entre autres, des groupes comme Vingdar, Gronibard et Arkhon Infaustus. La production est puissante, avec un son clair mais naturel et dépouillé, adapté au style brutal du groupe : elle ressemble à celle du dernier Tsjuder ! La technique et la maîtrise sont donc de mise. L'inspiration aussi : Mutill le guitariste et Malaria le bassiste (la basse ronflante a une présence palpable) s'entendent comme deux frères et nous gratifient de riffs expressifs sacrément diaboliques, tantôt malfaisants et mélodiques, tantôt épiques ou mélancoliques, mais toujours facilement mémorisables. Il est une gageure que de dire que le travail des guitares est à ce point expressif mais il l'est tout autant quand il s'agit de parler de la voix monstrueuse, crade de Zigouille ou du destructeur de fûts Yamaël, maniaque de la double à la frappe pachydermique qui communique une rage, une haine, une énergie foutrement impressionnantes.
Tous s'épaulent et leur but est de réduire nos cervelles en charpie, de nous inspirer cette haine qu'ils distillent au long de ces 9 titres. Black Metal brutal teinté de Thrash, TAD permet à Nirnaeth de se hisser sur la scène convoitée des groupes gagnants et des véritables machines de guerre, tels Glorior Belli (RIP), Hegemon ou encore Otargos.
TAD démarre sur les chapeaux de roue avec une piste en complet accord avec le nom du groupe : Nirnaeth Arnoediad, le champ de bataille du Silmarillion. Totalement brutal, il vous fracasse d'entrée la tête contre le mur et le headbanging devient dès lors instinctif. Suit War, dans la même lignée, avec sa trompeuse intro en mid-tempo : War est pourtant un bel exemple des constructions efficaces du groupe nordiste, se concluant par une fin sombre, mélancolique, autre marque de fabrique du combo. Et Nocte Facta Est, comme son suivant Ténèbres, sont deux morceaux fort bien construits mais trop prévisibles et un peu répétitifs : c'est la seule faiblesse de l'album. Même s'ils sont inspirés, même si les tempos savent varier, ils pêchent par certaines lourdeurs qui appesantissent leur vélocité. Toutefois il faut noter que Ténèbres se révèle sacrément épique et guerrier...
Nirnaeth ne laisse ensuite que moins d'une minute de répit, avec un surprenant et fort bien adapté "instrumental" Vampires Hunter, relecture Black Metal du thème de Dracula... Encore une fois, bien trouvé ! C'est alors qu'est lâchée dans nos viscères, la bombe de l'opus, l'hymne de guerre de Nirnaeth : Black Metal Wrath ! Cette piste est, sans aucune mesure, une véritable explosion sonore de rage et de rancoeur, brutale à souhait, qui ne fait pas dans la demi-mesure et se termine pourtant dans une dépression plus lente... dans le pit, le titre fait le ménage : à voir en plus d'écouter ! La formation poursuit donc sur sa lancée et son désir de nous achever. Pentagram of Flesh, comme le titre suivant Nothing but Ashes (et sa jouissive intro à la basse !), est un titre revu et corrigé de leur démo. Il ne fait, évidemment, pas dans la dentelle et passe tel un ouragan, malgré ses riffs entêtants. Finalement, TAD se termine sur le magnifique et prémonitoire We'll be Victorious : sorte de Black Metal Wrath quelque peu moins intense, Nirnaeth privilégie là l'ambiance sombre du Black metal tout en se montrant confiant, conquérant, prêt à la victoire...
Pas besoin d'en dire plus : c'est là un formidable album, très bien construit, très bien exécuté, très inspiré... presque un chef-d'oeuvre pour un premier effort... Mais quel effort ! Souhaitons leur donc qu'un label les trouve à son goût : car ils le méritent amplement.